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Climat : comment répartir équitablement l'effort de la transition ?

le 3 septembre 2026

Réduire les émissions, déployer le captage du CO₂, financer de nouvelles infrastructures : les solutions techniques sont largement identifiées. Mais une question continue de bloquer les décisions, du niveau international aux projets industriels les plus concrets : qui supporte quelle part de la facture ? David Lowing, maître de conférences au département Droit-économie - management de l'École normale supérieure de Rennes a co-écrit récemment deux articles scientifiques qui montrent comment la théorie des jeux et l'approche axiomatique peuvent rendre explicites les principes de justice qui sous-tendent le partage des coûts et des efforts climatiques.

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Qui supporte quelle part de la facture ? Tant que cette question reste implicite, chacun a intérêt à attendre que l'autre commence. Les États repoussent leurs engagements ; les industriels retardent leurs investissements.

Ces deux articles publiés en 2026 dans Energy Economics et Ecological Economics s'attaquent à ce point aveugle. Ils traitent de sujets très différents : les subventions au captage du carbone en France et le partage de l'effort de réduction entre pays, respectivement, mais reposent sur la même conviction et le même outillage : une règle de répartition n'est acceptable que si l'on peut dire explicitement quels principes de justice elle respecte. C'est l'apport de la théorie des jeux coopératifs et de l'approche axiomatique : au lieu de proposer une règle et d'espérer qu'elle convainque, on énonce d'abord les principes, puis on démontre quelle règle (parfois une seule) les satisfait tous.

Adrien Nicolle (Florence School of Regulation), David Lowing (ENS Rennes), Diego Manuel Cebreros Saettone (CentraleSupelec) — Energy Economics (https://doi.org/10.1016/j.eneco.2026.109246)


Le captage et stockage du CO₂ (CCS) souffre d'un dilemme de l'œuf et de la poule : un industriel n'investit pas dans le captage tant qu'il n'existe pas de réseau de transport, et l'opérateur ne construit pas ce réseau tant qu'il n'a pas assez de clients. Les aides publiques existantes ne règlent pas ce nœud : elles financent les projets un par un, en ignorant à la fois le réseau partagé et l'extrême hétérogénéité des émetteurs.

Les auteurs proposent une méthode en deux temps. D'abord, ils mesurent la contribution de chaque émetteur au coût du réseau de canalisations grâce à la valeur de Shapley, avec la garantie qu'aucun industriel n'a intérêt à quitter la coalition. Ensuite, comme le budget public ne peut jamais couvrir la totalité des besoins, ils répartissent l'enveloppe selon une règle de faillite proportionnelle, immune aux manipulations stratégiques.
 

Emma Jagu Schippers (CIRED), David Lowing (ENS Rennes) — Ecological Economics (https://doi.org/10.1016/j.ecolecon.2026.108995)
 

La Convention-cadre des Nations unies pose deux principes de justice climatique : les responsabilités communes mais différenciées (ceux qui ont le plus émis doivent faire le plus) et les capacités respectives (ceux qui en ont les moyens doivent faire le plus). Séduisants séparément, ils se contredisent en pratique, et aucune règle ne dit comment arbitrer entre eux.

Plutôt que de plaquer un indicateur composite sur la négociation, les auteurs partent du vocabulaire politique lui-même et le traduisent en axiomes mathématiques. Ils démontrent qu'une unique famille de méthodes satisfait simultanément ces principes, gouvernée par un seul paramètre lisible : le degré d'assistance, qui fixe la part de sa responsabilité qu'un pays voit redistribuée vers les pays plus riches que lui. À zéro, chacun assume strictement son passé ; au maximum, la solidarité internationale joue à plein.

Appliquée aux données mondiales (189 pays, émissions cumulées 1990-2020, PIB et population), la méthode montre comment ce curseur redessine les parts nationales, et fournit à la société civile, aux négociateurs et aux chercheurs un étalon transparent pour juger si les engagements volontaires des États sont à la hauteur des principes qu'ils ont eux-mêmes signés.
Thématique(s)
Recherche - Valorisation

Mise à jour le 4 septembre 2026